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5 Septembre 1870, Strasbourg continue d’être bombardé.

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Alors qu’ils sont en train de soigner un soldat blessé, à l’ambulance de la porte de Pierre, deux élèves de l’école de santé militaire sont grièvement blessés. Un obus a explosé à l’intérieur du poste, vers quatre heures du matin. Ils sont touchés aux membres inférieurs. Ils sont immédiatement transportés à l’ambulance du château, puis à l’hôpital militaire. Léon Lacour, dix-neuf ans, la cuisse gravement touchée, meurt pendant son transfert à l’hôpital, d’une hémorrhagie massive. Bien que les os de ses jambes soient intacts, l’artère fémorale gauche était si endommagée qu’il arriva trop tard à l’hôpital. François Joseph Combier, vingt ans, ne lui survit que quelques heures. Très affaibli par la perte de sang, il présente des fractures du tibia et du fémur droit, brisés en plusieurs morceaux, perte de substances au niveau des parties molles du membre, vaste plaie contuse et mâchée sur la face interne de la cuisse gauche, sans fracture de l’os, et d’autres plaies encore au reste des jambes. Il est très vite amputé de la cuisse droite. Les deux membres soignés et bandés, il est transporté dans un lit qui a été chauffé au préalable, et enveloppé de couvertures. On lui fait boire du thé alcoolisé pour ranimer la circulation. Il est six heures du matin. Le soir, à cinq heures, François Joseph Combier succombe à ses blessures, malgré la rapidité des soins et l’attention dont il a été entouré par les soignants.

C’est une chose de soigner et perdre un patient militaire, ou civil. C’est autre chose lorsqu’il s’agit d’un des siens, et Léon Lacour et François Joseph Combier faisaient partie de la famille des soignants de cette guerre. Ils ne seront pas les seuls de cette famille à tomber. Le drame de Hauteville, en janvier 1871, en sera un des exemples les plus horribles.

Strasbourg n’est pas la seule ville bombardée ce 5 septembre.

Montmedy

Au 1er septembre, la garnison de Montmedy se compose d’une compagnie de réserve du 57e de ligne, de cent hommes, soixante hommes du 6e de ligne, envoyés pour garder la voie ferrée, une batterie d’artillerie mobile de cent cinquante hommes du canton de Montmedy, le 3e bataillon des mobiles de la Meuse, provenant des arrondissements de Verdun et Montmedy, soit mille six cent hommes, quatre-vingt-cinq douaniers, cinquante gendarmes des brigades de l’arrondissement de Montmedy, cent quatre vingt gardes nationaux sédentaires, et entre sept cent et huit cent infirmiers militaires, envoyés en avant de l’armée de Mac Mahon qui vont rester piégés à Montmedy. Sur ces près de 3 000 hommes, seuls trois cents sont des soldats avérés. La place est commandée par M. Reboul, ancien capitaine de cavalerie, et M. Perrot, capitaine du génie.

 

Par Citadelle-Montmédy — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=49728990

Le 5 septembre 1870, le siège commence et Montmédy croule sous les 2 000 obus que l’armée prussienne lui envoie, durant sept longues heures. Louis Lalande, de la 2e section des infirmiers militaires reçoit un éclat d’obus dans la jambe droite. Thomas Loriant, vingt-deux ans, garde mobile de la Meuse, meurt après avoir reçu un éclat d’obus au bas-ventre, alors qu’il est de faction derrière la prison.

Les civils payent également un lourd tribut, comme à chaque siège. Nicolas Fleurant, trente-quatre, jardinier, est tué par un éclat d’obus. Il se trouve alors chez son patron, M. Jacquemaire, avoué. La voisine, Mme Blanchard, limonadière, est blessée au visage par un éclat du même obus. Joseph Loreaux, cultivateur, vingt-deux ans, subit le même sort. Alors qu’il est à l’entrée d’une des casemates, devant la grande caserne, réquisitionné avec son attelage, il est littéralement coupé en deux par un éclat d’obus.

D’autres sont blessés ou tués sur les remparts et dans la ville. Le lieutenant d’Armagnac, évadé de Sedan, est blessé au visage. Morts et blessés sont transportés dans l’ancien magasin à poudre, transformé en ambulance, derrière la prison, là même où un obus a tué Thomas Loriant.

Alors que la population se terre dans les caves, les projectiles incendiaires envoyés par les prussiens embrasent la ville. Le feu prend dans les greniers de la sous-préfecture et se communique à l’hôtel de ville. Sous le déluge d’obus, il est impossible d’arrêter les incendies qui se propagent vite. Bientôt, la préfecture et l’hôtel de ville ne sont plus que cendres. Toutes les archives de la ville vont ainsi être détruites.

Un bâtiment d’artillerie est entièrement détruit avec ses caissons et ses affûts, entreposés avec de la paille qui s’enflamme immédiatement. La poudrière de l’autre côté de la rue va devoir être arrosée pendant un long moment pour éviter qu’elle ne s’embrase à son tour. Toutes les maisons à gauche de la place sont détruites. La Recette particulière des finances est détruite, l’école des filles, contiguë, est très endommagée. Un grand nombre de maisons percées par la mitraille sont inhabitables, dans le voisinage de la Grande Place, les rues du Grand-Four et du Grand-Puits. Le presbytère, l’école des garçons, le tribunal, la prison sont éventrés. La toiture de l’église est défoncée, ses vitraux brisés, l’orgue effondré et la façade mutilée par les éclats d’obus. Mais les remparts sont intacts.

A trois heures et quart, le 5 septembre 1870, les prussiens cessent le feu. C’était le premier bombardement de Montmedy.

Montmedy va résister jusqu’au 14 décembre avant de capituler et d’être investie par les prussiens.

Christine Lescène - Le Blog d'une Généalogiste - 5 septembre 2020